Santé en Vrac, épicerie en vrac certifiée biologique
Blogue › Conseils et santé au naturel › Conseils et santé au naturel

Les animaux et leur pharmacie naturelle

Santé en Vrac

Les animaux et leur pharmacie naturelle

Michèle Rhéaume, Étudiante en naturopathie équine

Juillet 2021

Nous sommes à la fin des années 80. Un biologiste du nom de Michael Huffman entame sa journée de travail qui n’a rien de conventionnel. Au fin fond de la nature de la Tanzanie, il observera, comme il le fait depuis plus de 6 mois maintenant, un groupe de chimpanzés, afin de recueillir des données scientifiques sur la place qu’occupent les individus âgés au sein de leur communauté. Ce que Michael est loin de savoir, c’est que ce qu’il observera aujourd’hui s’apprête à changer le reste de sa carrière. Alors qu’il débute son observation, Huffman remarque rapidement que quelque chose ne tourne pas rond avec Chausiku. Cette femelle chimpanzé, qui a un petit du nom de Chopin, ne se sent clairement pas bien aujourd’hui. Le spécialiste des primates la voit préparer un nid au haut d’un arbre, y grimper et s’y installer pour se reposer, sans égard au petit Chopin, qui reste sans surveillance. Rapidement, d’autres femelles du groupe prennent la relève pour s’occuper du bébé chimpanzé laissé à lui-même.

Chausiku dort pendant des heures, avant de descendre de son nid, peinant à se déplacer. Puis, elle s’assoit devant une plante bien précise et se lance dans un rituel dont Michael n’a jamais été témoin depuis le début de sa longue observation du groupe. Chausiku retire une à une les feuilles et l’écorce extérieure des branches avant de consommer la sève de la plante. Michael décide de consulter l’un de ses assistants de recherche. Un gardien de parc national, Mohamedi Seifu Kalunde, connaît bien la faune, la flore et la culture locales puisqu’il est non seulement de la région, mais possède des connaissances exhaustives en matière de phytothérapie. Celui-ci explique à Michael que la plante en question est connue localement sous le nom de mjonso et qu’elle est reconnue comme étant un puissant vermifuge qui prend normalement environ 24 heures avant de faire effet.

L’ensemble de la situation prend donc tout son sens lorsque, le lendemain, Huffman observe Chausiku qui, après être allée dormir tôt en soirée et avoir fait la grasse matinée, sort de son nid et se dirige avec vigueur vers un secteur riche en nourriture où elle se rassasie sans retenue. Revirement complet de situation; la femelle chimpanzé semble en pleine forme. Détournant son intérêt de son sujet principal d’étude, dans les mois qui suivent, Huffman fait des analyses sur la plante en question, la Vernonia amygdalina, tout en entamant la collecte d’échantillons fécaux du groupe de chimpanzés dont Chausiku fait partie. Les conclusions qu’il en tire sont captivantes; la plante contient une douzaine de composés ayant des propriétés antiparasitaires et lorsque les chimpanzés la consomment, la quantité de larves contenues dans leurs excréments diminue radicalement, parfois jusqu’à 90% en une seule journée! Pendant la saison humide, alors que les parasites sont présents en plus grande quantité, le scientifique n’est pas surpris de voir le groupe de primates augmenter sa consommation de mjonso. La plante est pourtant toxique; clairement, les chimpanzés savent exactement quelle quantité consommer afin de traiter leurs problèmes de parasites, sans s’empoisonner. 35 ans après avoir vécu cette expérience hors du commun, Michael Huffman est aujourd’hui l’un des plus grands experts mondiaux à tenter de faire connaître le phénomène de la zoopharmacognosie, terme ayant des racines grecques et latines : zoo (animal), pharma (médicament, remède) et gnosie (connaissance). On peut donc définir ce terme comme étant la capacité des animaux à s’automédicamenter. Évidemment, bien qu’on parle ici d’un domaine peu documenté et pour lequel les études scientifiques sont assez récentes, les animaux appliquent naturellement ses principes depuis des millions d’années.

Alors qu’encore aujourd’hui, une croyance répandue est que seuls les primates ont l’intelligence requise pour appliquer les principes de la zoopharmacognosie, la science démontre le contraire avec des centaines d’exemples d’automédication, des perroquets aux papillons en passant par les chèvres et fourmis. Selon Huffman, «[…] toutes les espèces vivantes aujourd’hui s’automédicamentent d’une façon ou d’une autre. C’est simplement un fait de la vie». Que ce soit sous forme de prévention, de traitement thérapeutique, d’onction ou pour protéger leur habitat via la fumigation, une multitude d’espèces sont aujourd’hui étudiées par des scientifiques comme Michael Huffman.

Un domaine fort intéressant ayant découlé de ces connaissances est la zoopharmacognosie appliquée : la possibilité pour les animaux d’appliquer leurs comportements naturels d’automédication via l’interaction avec l’humain, qui leur propose diverses options. En effet, en offrant nous-mêmes des extraits de plantes se rapprochant de ce qu’un animal retrouverait dans la nature, il est donc possible pour nos animaux domestiques, ou même des animaux sauvages gardés en captivité, d’appliquer leur processus naturel de sélection.

Pour Caroline Ingraham, l’une des figures les plus connues dans le domaine de la zoopharmacognosie appliquée, « l’automédication, c’est travailler naturellement avec les animaux, en harmonie avec la nature ». Que ce soit via l’inhalation, l’ingestion ou l’application topique, il nous est ainsi possible d’offrir aux animaux des huiles essentielles, plantes séchées ou fraîches, argile, algues et autres afin de les aider à rétablir ou conserver l’équilibre au niveau de leur santé. Ainsi, un cheval ayant des problèmes respiratoires peut sélectionner une combinaison d’huiles essentielles bénéfiques pour le système respiratoire, telle que l’eucalyptus ou la menthe poivrée, que l’humain qui l’assiste pourra lui offrir en inhalation ou en application topique dans une base de gel d’aloès. De même, un chien ayant des problèmes digestifs pourrait choisir de cibler de la racine de guimauve, qui peut contribuer à apaiser les muqueuses irritées. Les animaux peuvent donc ainsi non seulement choisir quels extraits conviennent à leur condition actuelle, mais ils peuvent contrôler la quantité nécessaire ainsi que la durée du traitement. Un exemple fort intéressant documenté par Caroline Ingraham implique un cheval, dont le sarcoïde (un type de tumeur) à l’œil a été traité entièrement grâce aux divers extraits choisis par l’animal. Il est absolument fascinant de lire l’étude de cas expliquant en détails chaque étape du processus de huit mois durant lesquels diverses huiles essentielles, plantes séchées et autres extraits ont été sélectionnés par le cheval lui-même. Celui-ci a tout d’abord opté pour des extraits reconnus pour prévenir la croissance des tumeurs avant de migrer vers des plantes qui supportent le système immunitaire, terminant le processus avec des extraits ayant des propriétés régénératrices pour la peau.

À l’heure actuelle, l’un des débats principaux entourant la zoopharmacognosie tourne autour de la question du mécanisme derrière le comportement. Est-ce que la plupart des animaux s’auto-médicamentent par instinct? Est-ce un comportement inné ou acquis? Si, dans le cas des moutons, qui arrivent à s’auto-vermifuger grâce aux plantes, le comportement semble passer par un clair processus cognitif d’apprentissage, pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour une grande partie du règne animal? Quoi qu’il en soit, nos connaissances scientifiques sur la zoopharmacognosie sont encore extrêmement limitées et il y a fort à parier que les animaux continueront de nous épater dans le futur. Surtout, espérons avoir nous-même l’intelligence de continuer d’apprendre d’eux en ce qui a trait aux vertus thérapeutiques extraordinaires de la nature qui nous entoure.

L'équipe de Santé en Vrac

Tu aimeras peut-être aussi

Conseils et santé au naturel

Bye-bye, fourmis ! La recette secrète pour les éloigner naturellement ce printemps

Conseils et santé au naturel

Huiler sa planche à découper pour la faire durer !

Conseils et santé au naturel

La molène, une alliée douce et majestueuse pour les poumons en plein hiver québécois